Je suis une petite, une toute petite collectionneuse,
J’ai les joues rouges d’être restée si longtemps dans le vent,
J’ai les mains moites de mes étranges découvertes
Une nuit en regardant là, sous mes paupières calmes, à l’endroit même où la pupille rencontre la peau,
J’ai trouvé les corps éperdus, couchés dans le sable noir
De milliers d’insectes fous.
Et sur leurs élytres pourpres
Etaient tracés des signes inconnus.
Des mots anciens
Des mots latins
Des mots-valises
Des mots créoles
Des noms d’oiseaux
Des noms de rue, de ville, de continents
Des prénoms d’enfants qui deviendront grands
Des mots, des milliers de mots, des mots à perte de vue
En filigrane sous l’écaille brune
De milliers d’insectes fous
Je n’en croyais pas mes yeux fermés.
Alors j’ai commencé à les collectionner.
Je les ai détachés de mes chevilles, de mes poignets, de mes phalanges où ils s’étaient agrippés,
Et je les ai regardés, longtemps,
Très longtemps.
Je les ai pris dans mes mains,
Je les ai sentis, reniflés, comme un petit animal avide,
Je les ai portés à ma bouche,
Je les ai goûtés,
Un par un,
Et je garde à jamais le parfum de leur chair contre mon palais.

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