« La littérature a la même raison d’être que la philosophie : dire, configurer, comprendre, éclairer. »

E. Chirouter

Pourquoi tenir un blog de littérature de jeunesse et de découvertes culturelles dédiées à l’enfance ? Pourquoi ce besoin de partager mes coups de coeur, ces émotions si fragiles et si subjectives ? Que cherchai-je dans l’écriture de ces petites chroniques ? Je ne le sais pas vraiment et pourtant je voudrais que ce blog prenne un chemin plus précis, un chemin semé de petits cailloux blancs qui permettraient de me guider à travers cet univers compliqué qu’est ma propre tête, mais aussi à travers ce monde qui me fascine tant et qui est celui des livres.

Et c’est en lisant Combien de terre faut-il à un homme ? d’Annelise Heurtier et Raphaël Urwiller, merveille n°3 découverte sous le joli papier étoilé du SWAP de Carole, qu’une idée a commencé à germer. J’ai découvert depuis quelques temps les ateliers philos avec les enfants et j’aimerais vraiment en mettre en place, au moins dans mes classes. Cette année je touche du doigt ce projet avec une de mes classes de 6e vraiment ouverte, dynamique et d’une grande maturité. Et je me suis dit que lancer un atelier avec un album, nourrir la réflexion à partir d’une fiction et d’images surprenantes pouvait être un bon départ,

Combien de terre faut-il à un homme ? pose une excellente question. A travers un conte adapté d’une nouvelle de Tolstoï, un des écrivains majeurs de la littérature russe des années 1850-1910, Annelise Heurtier raconte le cheminement d’un homme ambitieux qui cultive sa terre mais n’arrive plus à s’en contenter.

« Cependant dans son champ balayé par les vents, Pacôme se sent à l’étroit. Son cheval a besoin de galoper et sa vache trouve toujours le moyen d’aller brouter l’herbe du voisin.

« Si seulement j’avais plus de terres, soupire-t-il en regardant par-delà la clôture, je pourrais être tout à fait heureux. »

De déménagement en déménagement, Pacôme en veut toujours plus. Jusqu’à rencontrer un étranger de passage qui lui parle du pays des Bachkirs.

« Ces gens sont bêtes comme des moutons, ricane le marchand en reprenant une part de vatrouchka. Ils passent leur temps à jouer de la flûte, boire du thé et chanter. Leur terre, ils ne la cultivent pas. Ils te la donnent pour une bouchée de pain. »

Pacôme décide alors d’aller à la conquête de cette terre gratuite. Mais l’épreuve qu’il passe alors va enfin apporter la réponse à la question posée par le titre de ce magnifique album.

Tout est de grande qualité dans cet album à l’italienne : le texte qui fait mouche à travers la parole de ce narrateur qui raconte du point de vue externe l’ambition fatale de Pacôme, les illustrations magnifiques où le noir, le bleu, le rouge et le jaune racontent tout autant que le texte à travers un graphisme surprenant, le papier, la photogravure, le format, la typographie d’une grande sobriété.

Un album d’une grande beauté et un album qui invite à la réflexion : jusqu’où aller par ambition ? Quel est le prix du bonheur ? La propriété est-elle une priorité ? Quel sens donner à sa vie ?

Alors pourquoi ne pas démarrer sur les chemins sinueux de la philosophie à partir de textes littéraires ? Essayer de rattacher des textes les uns aux autres pour construire à partir de l’imaginaire d’un autre sa propre pensée, tout en débattant avec nos pairs pour se confronter à d’autres pensées.

Et peut-être, après, écrire à partir de ces textes qui nous font raisonner ?

Lire, penser, parler, écrire : les maîtres mots de ma vie d’humaine !

Je chemine, je chemine, nous verrons où tous ces livres me mènent !

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