« Je me souviens du samouraï nommé Akinosuké, blessé par un coup de sabre, de sa douleur, de son agonie au pied d’un cèdre. Je me souviens du papillon mordoré s’échappant de sa bouche, voletant, se posant de fleur en brin d’herbe, désemparé, hésitant, n’osant s’éloigner, comme si… et votre voix s’est suspendue dans l’air comme une alouette, je me souviens. Je me souviens de la jeune fille penchée sur le visage du samouraï. De ses mains fines et fraîches qui soignent, de l’haleine qui réchauffe. Votre voix à ce moment, comme un souffle. Les paupières du samouraï se sont soulevées. Visage de la jeune fille éclairé. Sourire du samouraï. Alors le papillon s’est posé au coin des lèvres de son maître. Alors l’âme ailée s’est reglissée dans le corps d’Akinosuké par la bouche entrouverte. »

Muséum, Petite collection d’ailes et d’âmes trouvées sur l’Amazone, Frédéric Clément, Ipomée, Albin Michel, 1999.

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