Comment j’ai appris la géographie est un album que j’ai aimé tout de suite, de ceux dont je referme la couverture en savourant cette étrange émotion de l’album qui fait mouche, en plein coeur.

Un enfant  y raconte son pays en guerre, son exil dans un pays de sable où il fait froid l’hiver,  la faim, la misère… Et le cadeau complètement surréaliste en plein milieu de ce cauchemar de son père qui, au lieu de lui ramener un morceau de pain, lui offre une carte du monde. Et cette carte du monde va tout changer. Elle va ouvrir les vannes de l’imaginaire et permettre à l’enfant de dépasser la misère qui l’accable.

Uri Shulevitz nous livre ici un morceau de son enfance, car l’enfant de cet album c’est lui, lui qui fuit Varsovie en flammes en 1939, lui qui se réfugie avec sa famille dans la ville de Turkestan en Asie Centrale, lui qui découvrira le dessin à travers les innombrables reproductions qu’il fera de cette fameuse carte qui lui apprit la géographie.

Ce qui me touche c’est à la fois la simplicité de ce récit, vrai, direct, sans fioriture, et l’image de ce père qui répond à la misère par la culture, l’ailleurs, l’ouverture aux autres, aux mondes, aux sentiers nomades qu’il reste encore à parcourir. Un message que je ne me lasse pas de transmettre, grâce aux livres, grâce à celui-ci tout particulièrement.

Et je ne peux m’empêcher de penser aux témoignages de Jorge Semprun, de Robert Antelme ou de Primo Levi qui nous disent avoir trouvé dans la poésie un moyen d’échapper à l’horreur des camps de concentration.

« Cette possibilité de nous soustraire à notre environnement et de nous retirer dans des sphères où les SS n’avaient nul accès était sans prix. L’activité spirituelle a souvent été associée à certaines formes de bavardage irresponsable, à une certaine futilité. Au camp de concentration où chaque jour peut coûter la vie, l’esprit lui-même n’est pas une forteresse imprenable; il ne prémunit le détenu ni contre la faim, ni contre les coups. Il aide peut-être à les supporter plus longtemps et avec davantage de dignité, mais il n’empêche pas l’individu de sombrer dès que son corps est devenu trop faible pour résister il reste cependant au détenu la possibilité de fixer son attention sur un objet situé hors de lui-même ; il le détourne de la faim, de la peur, des déboires quotidiens qu’il connaît au camp. Pour le prisonnier, l’esprit constitue une île, petite mais sûre, au beau milieu d’une mer de misère et de désolation; il peut nouer entre certains détenus un lien précieux, car il leur donne une langue commune. Ceci était sans prix face à la décrépitude qui nous guettait […] »
BUBER-NEUMANN (Margarete), Déportée à Ravensbrück : prisonnière de Staline et d’Hitler, trad.par Alain Brossat, Paris, Le Seuil, 1988, p. 84

En bref :

Titre : Comment j’ai appris la géographie, Uri Shulevitz

Genre : Album

Thème : guerre, évasion, famille

Âge : humain

Date de publication : 2008,  Kaleidoscope.

Prix : 12.50 €

Imprimé : en Italie

 

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