Deux yeux nous fixent intensément. Deux yeux dans un grand visage d’indien. Deux yeux qui nous interrogent.

Si on passe la couverture, si on tourne les pages de l’album, c’est un monde de violence qui s’ouvre à nous : on y redécouvre les héros plébiscités par de nombreux jeunes lecteurs : le pirate, le samouraï, le super héros, le chevalier, le cow boy… Tous partent au combat en poussant leur cri féroce.

« A l’abordage ! »

« A l’attaque ! »

« Pas de quartier ! »

Chacun se lance à l’assaut d’un ennemi invisible.

Et pendant ce temps là, derrière une colline, deux plumes se rapprochent. Ce sont les plumes des coiffes de deux indiens. Mais que font-ils cachés pendant que les autres se battent, partent à la conquête d’une terre improbable ? Et bien ils s’aiment !

Et là où tout n’est que cris et armes brandies, les indiens offrent une autre vision du monde.

J’aime beaucoup cet album pacifiste parce que contre toute attente il n’est pas du tout moralisateur, c’est entre les lignes que le jeune lecteur découvrira pourquoi les indiens ne disent rien. Et puis il y a beaucoup d’humour dans le traitement de cette thématique, ces héros masculins si souvent idéalisés sont ici un peu moqués, caricaturés par le jeu des répétitions aussi bien au niveau du texte que de l’image, nous invitant à réfléchir aux valeurs véhiculées par les grands classiques de la littérature proposées aux jeunes lecteurs.

Quant au graphisme, le jeu des couleurs très sobre où dominent le bleu et le vert, la taille de ce grand album, l’épaisseur du papier font de ce livre un très bel objet à caresser, à partager. Quant au message…

« A nous les bisous, les mots d’amour et les câlinous ! »

 

 En bref :

Les Indiens ne disent rien, Richard Marnier et Aude Maurel, éditions Frimousse.

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