Cher-toi-qui-viens-par-là,

tu auras remarqué que j’ai cessé de jouer le jeu de l’introspection proposé par ma copine Audianebricole. Pourquoi ? parce que même si j’adore chercher, fouiller, analyser ce qui me motive, m’inspire, me fait avancer, je préfère quand même choisir ce dont je vais parler.

Alors, modestement inspirée par Roland Barthes et son fameux essai Mythologies, je transforme notre RDV du Dimanche en petite mythologie de mes objets. Mais attention il ne s’agira pas de n’importe quel objet : il s’agira d’objet fabriqué par mes proches, des petites choses précieuses que des mains ont façonné pour rendre la vie un peu plus belle, plus douce, plus lumineuse. Parce qu’à travers les objets, se racontent souvent des histoires que l’on transmet d’une autre manière qu’avec des mots. Et puis parce que fabriquer c’est bien autre chose que consommer, on ne pense bien qu’avec les mains !

Aujourd’hui, je vous parle de Célestine, mon ange de tissu, celle qui veille sur moi quand je suis assise à mon bureau. Elle est là, juste derrière moi, quand je t’écris depuis mon cabinet de curiosités.

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Cette poupée, fabriquée, cousue, découpée, chouchoutée par ma mère, a une sœur jumelle chez… ma  sœur, l’ingénieure d’Histoires de papier. Autant te dire cher lecteur que la charge symbolique est forte autour de cet objet. Une poupée qu’une mère offre à ses filles adultes c’est quand même hautement symbolique non ?!  Il y a tout ce qui se tisse de liens entre l’enfance et la maturité, entre la femme et l’enfant, entre le réel et l’imaginaire partagé, entre le passé et le présent. Un cadeau a toujours du sens, un cadeau est un lien qui libère (pour reprendre le nom d’une maison d’édition qui repense le monde moderne à chaque publication).

J’aime tout chez cette poupée : sa peau bronzée, ses cheveux crépus de laine noire, ses ailes dodues accrochées tout en haut de ses omoplates, la fleur qui barre sa poitrine, sa robe fleuri, son leggings rose à pois blanc et ses nus pieds qui laissent deviner une jolie perle nacrée.

Et surtout j’aime son corps disproportionnée, et tout ce que cette disproportion suggère, symbolise quant au corps féminin : elle est à la fois élancée et charnue, fine et ronde, femme et enfant. Elle met un léger coup d’aile dans les stéréotypes qui caractérisent l’imagerie féminine moderne et occidentale et ça, ça me plaît ! Vive Célestine qui n’a pas de poitrine, des hanches larges et de petits pieds (si vous voulez vous prouver que l’imagerie féminine a encore un long chemin à parcourir taper « hanches » dans la barre de recherche de Google images, vous verrez que ce mot qui n’a pourtant aucune dénotation typiquement féminine – il me semble que les femmes ne sont pas les seules à avoir des hanches – renvoie à l’heure actuelle à des préoccupations tout à fait essentielles et tout à fait émancipatrices…)

Cher-toi-qui-viens-par-là, as-tu toi aussi une poupée qui veille sur toi, qui t’accompagne, qui dort quelque part chez toi d’un sommeil paisible ? N’hésite pas à partager ta petite mythologie à toi !

Ada, collectionneuse de plumes d’ange !

PS : si tu aimes les poupées Tilda, tu en trouveras d’autres à fabriquer par

PS2 : Si tu aimes les petites mythologies que l’on se raconte à partir d’un objet, tu peux réécouter les « petites mythologies d’un objet du quotidien » d’Eric Libiot dans l’émission du vendredi de Grand bien vous fasse sur France Inter, présentée par Ali Rebeihi, c’est toujours foisonnant !

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