Plier. Plier. Plier.

Pendant des heures.

Plier des origamis.

Des cœurs.

Orange.

A pois.

A motifs.

Plier.

Comme une satanée machine.

Dans la nuit de jeudi à vendredi.

Plier sans s’arrêter.

Parce que vendredi, peut-être que ce sera notre dernière fois.

On n’en sait rien.

Mais peut-être.

Notre vie est un chapelet de « peut-être » depuis un an.

Et j’ai comme un arrière-goût de sang,

Un truc amer qui traîne depuis le 13 mars 2020,

Là au bord des lèvres,

Mes lèvres masquées,

Que vous ne voyez jamais,

Vous avec qui je passe pourtant l’essentiel de mes journées.

Alors, à cause de cet arrière-goût, je plie.

Cette fois, je veux vous dire au revoir dignement.

Je prie très fort pour que ce ne soit qu’un au revoir.

La dernière fois, pour beaucoup, ce fut un adieu.

Mais je ne le savais pas.

ça change tout de pas savoir.

Si je dois vous quitter, je veux le faire dignement.

Pas en vous filant mon adresse mail pour envoyer vos devoirs.

Pas en vous balançant l’invitation chiffrée, codée de ma classe à la maison.

Pas en vous engloutissant sous une montagne de photocopies.

Non.

Cette fois,

Sur vos tables,

Après avoir franchi le seuil de la salle A09,

Vous trouverez vendredi

Un cœur en papier.

Et caché à l’intérieur ce que j’ai de plus précieux à vous dire.

Merci.