Cher.e toi qui aimes les livres pour enfants,

j’ai rencontré en début de semaine une fille pas comme les autres. J’ai rencontré Magali. Magali a 11 ans, elle rentre en 6e et très vite, elle n’a plus envie d’aller au collège. Elle est comme écrasée. Écrasée par ce qu’elle pense qu’on attend d’elle. Écrasée par les mots des autres qui lui traversent la chaire, le cœur, la tête. Alors Magali s’arrête. Au bord de l’autoroute. Et prend un chemin de traverse.

Sur ce chemin de traverse, elle va faire la connaissance d’un groupe de garçons qu’elle va aimer d’un amour lumineux, coloré, merveilleux : les Beatles ! Pourtant ces garçons là ne sont pas tout à fait de sa génération. Elle va cependant trouver dans leurs mélodies, dans leurs mots, dans leurs histoires, de quoi nourrir son feu intérieur et de quoi lutter contre le monstre qui l’assaille : j’ai nommé la perfide Phobie Scolaire.

Nowhere girl, Magali Le huche, Dargaud, 2021.

J’ai tout aimé dans cette BD. Tout d’abord le jeu des couleurs et du trait qui m’avait intriguée dès la couverture. Cette petite fille rousse, pull rose, pantalon noir qui traverse la rue toute de noir et de blanc, suivie de très près par un groupe de garçons très colorés qui nous rappellent immédiatement la pochette du disque Abbey Road des Beatles, c’est quand même très intrigant !

Abbey Road, The Beatles, 1969.

On va retrouver ce jeu du trait et des couleurs dès que la narratrice écoute un morceau de son groupe favori, et on va se laisser emporter avec elle dans les voyages quasi surréalistes que leur musique lui permet de faire. Ces choix stylistiques traduisent à merveille la puissance de l’art – quel qu’il soit- dans les moments de doute et d’angoisse. L’art nous ramène au cœur de notre luxuriante forêt intérieure. Et il me semble que cet album l’illustre avec brio.

Et puis bien entendu, cette histoire ne peut que me toucher au cœur car en tant qu’enseignante, je suis de plus en plus confrontée à la monstresse Phobie scolaire. Et grâce à cette petite Magali, je la comprends mieux. En tout cas, j’ai appris à ne pas la juger, à l’accepter, comme elle est : intrusive, envahissante. A apprivoiser.

Et puis c’est un livre optimiste, car l’auteure y raconte aussi comment elle va réussir à traverser, finalement, cette route qui semblait si dangereuse. Et comment elle va, elle aussi, trouver sa manière d’être, de s’exprimer à travers le dessin. Nous qui adorions les illustrations de Verte, de Jean-Michel Le Caribou ou encore de Non- Non, nous remercions très sincèrement l’auteure de s’être confiée à travers cette BD poétique à souhait qui met des images et des mots sur une expérience adolescente particulièrement douloureuse.

Ada, la collectionneuse de passages, de venelles, de ruelles, et autres chemins parallèles.

PS : Je viens d’apprendre que cette BD venait d’être nommée aux Pépites de Montreuil , gage, s’il en fallait un de plus, de sa grande qualité et de son indéniable originalité.

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