Cher toi-qui-aimes-les-livres-pour-enfants,

je viens de terminer un tout petit bouquin de Gaia Guasti, glissé dans mes mains par mon arbronaute Pépita un petit livre qui contient 7 lettres d’un adolescent, un certain M., qui se caractérise ici par le fait qu’il est un « mauvais élève ». Un mauvais élève dans le sens le plus répandu du terme, c’est-à-dire celui qui revient du conseil de classe avec un « double avertissement, de travail et comportement. Menace de redoublement à la fin de l’année. Rien de nouveau sous le soleil. »

Notre narrateur écrit tour à tour  à ses parents, à Coline la déléguée de classe, à son professeur principal, à la Ministre de l’Éducation, à une inconnue croisée dans un bus, à sa petite sœur surnommée Miette. Ses lettres sont terriblement sombres, cruelles, accusatrices. Ses lettres en quelques mots dénoncent ce que notre système éducatif a de plus terrible pour ceux qui entrent le moins dans des cases. Elles accusent tour à tour le manque d’ambition de ses parents, le manque de considération de ses camarades de classe, le manque flagrant d’enthousiasme de ses professeurs, le manque de sincérité de l’Etat, le manque de confiance de la société.

Et puis il y a la 6e lettre à sa petite sœur, une lettre tendre, affectueuse…

Et enfin, il y a la dernière. La dernière, la seule que notre « mauvais élève » est vraiment écrite, celle qu’il a osé adresser à la seule personne qui lui a donné confiance en l’école, une enseignante du primaire comme il en existe tant (mais dont on parle si rarement…)

« Madame Bernard est la seule instit avec laquelle j’ai aimé l’école. Je ne sais pas comment elle s’y prenait  mais, avec elle, même moi j’avais envie d’apprendre, et mes résultats n’étaient pas si mauvais. Elle n’était pas toujours commode. Mais elle trouvait ses élèves intelligents, pleins de bonnes idées, et chaque matin lorsqu’on rentrait dans sa classe, on avait tous l’impression d’illuminer sa journée. »

Si le ton de notre jeune narrateur, son vocabulaire, ses tournures grammaticales, sa compréhension du monde des adultes ne sont pas toujours crédibles, il y a dans ses lettres tout le malaise qui caractérise ces 40 % d’élèves qui sortent de l’école primaire sans savoir lire ni écrire correctement. Et qui est le coupable ?  Comme le suggère ce petit livre c’est à la fois bien souvent tout un ensemble de causes qui produisent ce terrible résultat : les décisions politiques, le milieu socio-culturel, un système qui ne reconnaît pas ses enseignants, une société qui se méfie de ses jeunes…

Bon, c’est un petit livre qui laisse un goût amer, mais qui nourrit le feu de l’enseignement en moi.

Ada, la collectionneuse de feutres rouges, verts et orange.

PS : un jour l’école tiendra réellement compte de la théorie des intelligences multiples et chaque élève trouvera sa place, un jour…

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