Cher futur lecteur,

connais-tu Fenris le Féroce ? Si tu ne le connais pas plonge toi dès que possible dans la forêt où se déroule son histoire. Tu y découvriras un loup, un loup rouge, au regard effroyable, un regard « que personne ne pouvait soutenir. Une lueur écarlate habitait ses prunelles », un loup terrible, effrayant … monstrueux. 

Ce loup va être banni, exclu, exilé. Sans autre raison que son apparence. Jusqu’au jour où « il rencontra la petite fille dans la clairière d’une sombre forêt de sapins. » Et là, le texte change complètement de registre. On frôlait l’épique, avec ce nouveau personnage on aborde alors le comique. Et cette rupture est vraiment savoureuse puisque non seulement elle désamorce la peur de l’enfant lecteur mais elle amorce une nouvelle histoire, l’histoire d’une amitié, une amitié qui redonne du sens là où commençait le désespoir, une amitié qui deviendra légende au fil des ans.

Cet album est extrêmement puissant car il est riche d’une infinité de lectures. On y retrouve des schémas ancestraux inspirés des contes les plus classiques : cette petite fille a la robe rouge qui se moque de ce loup effrayant n’est-elle pas une descendante du petit chaperon rouge ? Ce couple ambivalent que forment le loup et l’enfant devenue jeune femme ne nous rappelle-t-elle pas les histoires de Belles et de Bêtes qui s’aiment tendrement malgré les qu’en dira-t-on ?  Et puis il y est question de l’apprivoisement, celui là même qui rend l’histoire du Petit Prince si précieuse.

Et c’est sans parler des nombreuses questions d’ordre philosophique voire politique qui sont abordées dans cette œuvre. Une citation pour te le prouver cher lecteur : « Pour peu qu’on soit d’un fragile caractère, on grandit en imaginant qu’on est ce que les autres nous renvoient. »

C’est un album particulièrement bien écrit, le vocabulaire y est riche, souvent soutenu, ici Jean-François Chabas ne prend pas ses lecteurs pour des imbéciles, loin de là. Il leur offre à lire un texte littéraire de grande qualité à la portée métaphorique voire allégorique indéniable.

Quant aux illustrations, que dire… c’est juste splendide. Le dessin, les couleurs, les arabesques de David Sala envahissent le page qui se déplie, s’ouvre, se caresse pour dévoiler de grandes fresques où le symbolisme s’immisce délicatement jusque dans le vernis sélectif qui orne en relief certaines pages.

L’histoire de ce loup est celle de tous ceux qui sont condamnés à devenir autre chose que ce qu’ils sont vraiment à cause de leur apparence. Mais c’est aussi l’histoire de ces rencontres qui nous font radicalement prendre un autre chemin.

Cher futur lecteur de Féroce de Jean-François Chabas et David Sala, voilà une histoire qui te changera.

 

Ada la collectionneuse de poils de loup.

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